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Jean-Charles TAILLANDIER
Portraits Mémoire |
Ils ont été, ils auraient pu être autres…
S’aventurer sur le terrain du portrait, c’est aborder de face les données
fondatrices de l’image humaine.
Avec pour seul bagage la lueur dans le regard d’un homme ou d’une femme
d’un autre temps, dont les traits élimés, à la surface jaunie d’une photographie,
avivent notre mémoire. J’ai choisi ce point focal du regard.
Il est le centre de gravité d’un territoire de l’intime. Mais de quelle intimité s’agit-il dans la confrontation présente entre l’artiste, le modèle, mais aussi la référence implicite à un possible témoin ?
Le problème qui est posé ici est celui de la représentation.
C’est le défi d’inscrire un visage inconnu dans le périmètre blanc de la feuille de papier.
Il y a quelque chose de cannibale dans ce projet : donner sens à une géographie singulière
de surfaces saillantes, de plis et de rides, c’est s’en approprier le territoire ouvert
et l’habiter progressivement de sa propre émotivité.
C’est vite oublier l’apparence et le décor pour ne se consacrer qu’à l’affirmation du pur dessin.
C’est une maturation lente de l’œil et de la main pour combler une absence,
c’est l’éveil à ce possible témoin,
parfois reconnaissable à qui vraiment le regarde…
Jean-Charles TAILLANDIER |